New Wave

C/Syber Pop

Nouveaux héraults : trop c'est trop. En 1993, la fière et perfide Albion en a assez de voir triompher le Rock Alternatif américain, alors qu'elle a été la première à s'intéresser à ses groupes et ses labels indépendants. Pour la presse anglaise, il n'y a aucun doute : quelqu'un doit se lever pour prouver à nouveau l'immense supériorité de la musique anglaise sur l'artillerie yankee. En se revendiquant les dignes héritiers de 30 ans de morgue et de savoir-faire pop britanniques, Suede deviendra ce champion.

Cheveux gras : alors au faite de sa gloire, Brett Anderson de Suede se déclare impressionné par le nouveau projet d'un jeune artiste, Luke Haines, et se charge de promouvoir sa carrière. La presse anglaise ne manque pas de s'intéresser au nouveau groupe, the Auteurs. Mais voilà, petit blond aux cheveux gras, Luke Haines n'a pas l'image travaillée et le joli minois des bellâtres de Suede. Pour la presse, il ne sera que l'une des manifestations d'un nouveau mouvement, que les journalistes britanniques se précipitent d'inventer et de baptiser Néo Glam. Sans toujours se rendre compte que the Auteurs ont produit le chef-d'oeuvre qu'ils appellent tant de leurs voeux.

Savoir faire : the Auteurs connaîtront un succès critique relatif, doublé, à part en France, d'une quasi ignorance du grand public. Pourtant, bien plus que les fanfarons de Suede, Luke Haines au chant et à la guitare, Alice Readman à la basse et Glenn Collins à la batterie, aidés épisodiquement d'un violoncelliste et de quelques percussionnistes, parviennent à ressuciter le savoir-faire pop anglais si prisé en ce milieu des 90's. Pas de chichis, de formules à l'emporte-pièce ou de faux-airs androgynes chez ces Glam Rockers. Puisant au meilleur Kinks et T-Rex, the Auteurs alignent avec une aisance apparente douze morceaux nostalgiques, racés, accrocheurs, tels que l'Angleterre, effectivement, n'avait pas entendu depuis quinze ans, si l'on excepte les La's.

Showgirl : à tout album emblématique un hit. Celui-ci est "Showgirl", titre court et classieux (comme tous les suivants d'ailleurs) à inscrire d'emblée au firmament des singles des 90's. Une formule bien connue (le contraste entre un couplet calme et un refrain plus enlevé, le dialogue entre une guitare électrique et une guitare accoustique) appliquée avec justesse. Et répétée sur "Bailed Out", avec cette fois quelques touches de piano en prime. Nous nous trouvons en terrain familier. Mais un terrain quitté depuis longtemps, qu'on retrouverait aujourd'hui avec nostalgie.

American guitars : le morceau suivant est nettement plus bruyant : "American Guitars" porte bien son nom donc. Mais même si la voix de Luke Haines n'a franchement rien d'exceptionnel, elle gagnerait à être moins étouffée. Elle est heureusement à l'honneur grâce à "Junk Shop Clothes", où sa guitare cherche à imiter un clavecin. Suit un "Don't Trust the Stars" nettement plus énergique. Les morceaux se suivent et se ressemblent presque sur New Wave, avec ce qu'il faut de variation et de concision pour ne jamais ennuyer.

Poussées de Violoncelle : "Starstruck" se distingue toutefois nettement de la série précédente, ne serait-ce que par les quelques poussées de violoncelle ou le petit xylophone, qui donnent au tout un charme suranné. Un titre plutôt lent, un titre plutôt rapide, tel semble être le cahier des charges que s'est imposé Luke Haines, à en croire le départ de "How Could I Be Wrong", que le violoncelle ne cesse de hanter, épaulé par moment d'une guitare televisionesque.

Housebreaker : "Housebreaker", se déclare Luke Haines sur cette nouvelle vignette, où la petite originalité vient cette fois d'un bref solo d'harmonica. Et sur le toujours touchant et accrocheur "Valet Parking", c'est un xylophone guilleret qui joue le rôle de l'intrus, avant de laisser la place à la guitare, ronsonienne cette fois. Vous avez dit Glam ? Vous avez raison. Plus que jamais, Mick Ronson semble présent sur l'intro de "Idiot Brothers". Et l'on comprend pourquoi les journalistes de 1993 mettaient ce groupe dans le même paquet que Suede.

Home Again : "Idiot Brother" était long de près de six minutes. Inhabituel sur cet album. Cependant "Early Years" remet New Wave sur les rails de la concision et d'une fulgurance presque punk, la guitare toujours aussi ronde, et quelques larsens en plus. Par contraste "Home Again", morceau calme où seul un piano accompagne Haines et sa guitare, fait une fin adéquate. Juste avant de céder la place à un secret track de deux minutes (cette mode des 90's...) enjoué et dans le droit fil des morceaux précédents.

La suite : voilà comment grâce à New Wave un petit blond nommé Luke Haines a apporté sa pierre au grand édifice de la Pop. La suite de sa carrière ne confirmera que très modérément ce coup d'essai. L'année d'après, sur le bien nommé Now I'm a Cowboy, Luke Haines traversera l'Atlantique et se révélera un horrible macho. Puis après un After Murder Park plus présentable, il mettra fin à l'aventure the Auteurs pour se découvrir une passion pour l'expérimentation musicale et le terroriste Baader Meinhof. Le parcours classique d'un artiste qui essaye désespérément de retrouver l'inspiration qu'il a jadis touché du doigt.